Vincent Descombes - Le complément de sujet

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  Résumé du livre de Vincent Descombes, Le complément de sujet : enquête sur le fait d'agir de soi-même, Gallimard, NRF-Essais, 2004.
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    LE COMPLÉMENT DE SUJET, DE VINCENT DESCOMBES   Lionel Fouré   Vrin | Le Philosophoire 2005/1 - n°24pages 132 à 135 ISSN 1283-7091 Article disponible en ligne à l'adresse: -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- http://www.cairn.info/revue-le-philosophoire-2005-1-page-132.htm -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Pour citer cet article : -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Fouré Lionel, « Le complément de sujet, de Vincent Descombes », Le Philosophoire  , 2005/1 n°24, p. 132-135. DOI : 10.3917/phoir.024.0132 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Distribution électronique Cairn.info pour Vrin. © Vrin. Tous droits réservés pour tous pays.La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites desconditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votreétablissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière quece soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur enFrance. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.    D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   U  n   i  v  e  r  s   i   t   é   P  a  r   i  s  -   D  e  s  c  a  r   t  e  s  -   P  a  r   i  s   5  -  -   1   9   3 .   5   1 .   8   5 .   4   9  -   2   4   /   0   9   /   2   0   1   4   1   0   h   1   7 .   ©   V  r   i  n meéégdswcrnnoUvséPsDePs515842021©Vn  Lecomplémentdesujet, de Vincent Descombes Lionel Fouré    V  INCENT D ESCOMBES ,  Le complément de sujet  —   Enquête sur le fait  d’agir de soi  -même  . Gallimard, NRF-Essais, 2004. l faut probablement lire«l’enquêtesur lefait d’agir desoi-même» quepropose Vincent Descombes comme une sorte de complément à sa Grammaire d’objets en tout genre  1 .  Il s’agissait alorsdemontrer l’intérêtde poser des questions grammaticales en philosophie, c’est-à-dire de procéderen interrogeant lemodedecomposition despropositions, et lesrèglesqui sonteffectivement suivies pour l’emploi signifiant d’un mot. Ces analyses,développées dans le droit fil des travaux de Frege et Wittgenstein, portaientsur la notion d’objet et ses déclinaisons dans les théoriescontemporaines(l’objet del’ontologie, delaconsciencedelaphénoménologie,de connaissance de l’épistémologie, etc.). Vingt ans plus tard, la méthode estidentique, mais l’enquête porte cette fois sur ce que l’historiographiephilosophique pose comme la ligne de démarcation entre l’Antiquité et laModernité: la découverte de la subjectivité. Il est en effet habituellementadmis que la  question du sujet   — de son «émancipation » — a marqué untournant capital de l’histoire européenne: en  devenant sujet  , l’homme auraitinstauré une nouvelle ère caractérisée par l’autorité de la science et de laconscienceindividuelle(en politique). Maisquepeut bien signifier laformuleque la philosophie idéaliste place au centre de l’interprétation qu’elle proposede l’histoire universelle:  l’homme est devenu sujet   ? Pouvons-nous donner unsens à l’idée qu’il existe une forme d’existence spécifique qui est d’ exister comme sujet   ? En posant ces questions, Descombes entend non pas prendreposition dans la Querelle du sujet conscient de soi, mais bien plusradicalement mettre en question la consistance conceptuelle sur laquelle elleest censéereposer, cequi revient àjuger l’idéemêmed’unemodernitépenséeàpartir delanotion d’auto-position.C’est donc d’une enquête sur les concepts de sujet et de subjectivitédont il est ici question, et puisque dans la perspective analytique, la voie del’explication conceptuelle passe par l’élucidation du statut grammatical des 1 Grammaire d’objets en tout genre   est paru aux Editions de Minuit dans la collection«Critique»en 1983. I    D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   U  n   i  v  e  r  s   i   t   é   P  a  r   i  s  -   D  e  s  c  a  r   t  e  s  -   P  a  r   i  s   5  -  -   1   9   3 .   5   1 .   8   5 .   4   9  -   2   4   /   0   9   /   2   0   1   4   1   0   h   1   7 .   ©   V  r   i  n umeééhgdswcarnnoUvestéPsDaePs515842021©Vn  Le complément de sujet, de Vincent Descombes   133 mots, Descombescherchetout d’abord (chapitreII) àen fournir unedéfinitionsyntaxique (c’est-à-dire claire et intelligible). Développant des analyses finessur lesdistinctionsdesdegrésdel’agir àpartir delagrammairestructuraledeTesnière, qu’il tient pour l’un desesmaîtres, il proposealorsdecaractériser lesujet comme un agent instaurant «un rapport transitif avec lui-même à lapremière personne», et montre les difficultés auxquelles conduit une telleconception. Car si laphilosophiedel’action humaine 2 requiert bien leconceptdesujet entendu dansson acception actantiellecomme complément d’agent   (le suppôt   aristotélicien, soit l’agent doté de la capacité à faire des actions dont ilpeut répondre parce qu’il en est l’agent proprement dit), elle n’a nul besoind’attribuer à cet agent «des capacité dont l’exercice doit s’exprimer par unverberéfléchi detypesubjectif » 3 (lerapport réflexif àsoi).A travers le concept de sujet dont Descombes conteste la pertinenceet dont il niequ’il puisseservir àcaractériser lamodernité, c’est en définitivelaphilosophie cartésienne de l’esprit (la philosophie de la conscience) qui estvisée, celle qui distingue par son dualisme le  sujet   de la pensée de l’ agent   ducomportement, et à quoi s’oppose la philosophie subjective de l’esprit quiprocède par la voie grammaticale. C’est pourquoi les propositions soutenuespar l’égologiecognitivefont l’objet d’un examen minutieux (chapitreIII), où laquestion portenotamment sur lathèsequi voit danslaconscience(desoi) uneforme réfléchie d’activité cognitive. A l’analyse subjective de l’emploi de lapremièrepersonneen termesd’auto-position (cet actequi supposeuneidentiténécessaire de l’être qui est l’agent de l’acte et de l’être qui en est le patient),Descombesrépond en s’appuyant sur desargumentstirésdelaphilosophiedela psychologie de Wittgenstein, qui montre que s’il existe effectivement desverbes psychologiques (où joue l’autorité de la première personne, puisquepersonnenepeut direàmaplacequellessont messensations), cesderniersnesont pasdesverbesdeconscience(au sensdelaphilosophiedelaconscience,celui d’un  rapport cognitif àsoi  ). Il entend ainsi prouver qu’il nemanquerien àun sujet conçu sur le mode d’un complément de sujet d’un verbe d’actionhumaine, pour qu’il puissedire, en s’exprimant àlapremièrepersonne, qu’il enest l’agent.Mais la philosophie du sujet ne se réduit pas à l’égologie cognitive.Elleaégalement donnénaissanceàdeséthiquesoù l’acted’auto-position prendlaformedu  souci de soi  , supposépermettreàun individu deseconstituer soi-mêmeen sujet (chapitreIV). Cettethèserenvoieévidemment aux analysesqueMichel Foucault aconsacréau processusdesubjectivation, maissi Descombeslui reconnaît le mérite d’avoir récusé l’affirmation naïve caractérisant lamodernité par la découverte d’une réflexion sur soi, il lui reprocheden’avoirpas su poser le problème  conceptuel   du sujet et d’avoir persisté à formuler laquestion dans une forme syntaxique (celle des verbes réfléchis) incapable de 2 On consultera avec profit sur ce point son article «Action » dans les  Notions de philosophie   publiées sous la direction de Denis Kambouchner (collection Folio essais,1995), ou bien pour unevueplussynthétique, son article«Causesdel’action » publiédans le tome I du  Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale   (sous la direction deMoniqueCanto-Sperber), paru en 2004aux PUF, collection Quadrige. 3 Page119.    D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   U  n   i  v  e  r  s   i   t   é   P  a  r   i  s  -   D  e  s  c  a  r   t  e  s  -   P  a  r   i  s   5  -  -   1   9   3 .   5   1 .   8   5 .   4   9  -   2   4   /   0   9   /   2   0   1   4   1   0   h   1   7 .   ©   V  r   i  n umeééhgdswcarnno UvestéPsDae Ps5 1584 2021©Vn  Les livres passent en revue  134  rendre compte de ce que pourrait être le rapport à soi entendu comme action sur soi comme sujet  . L’erreur tragiquedeceséthiquesconsistedonc finalementà tenir les verbes pronominaux tels que «s’occuper de soi » pour des verbesimpliquant uneauto-position del’agent, cequi lescondamneau cerclevicieuxinhérent à toute pensée de l’émancipation de soi par soi. Sortir du problème logique  (et non passimplement moral) del’autonomieexigeainsi l’abandon del’idiome philosophique égarant d’un sujet qui se veut lui-même au profit del’idéed’un agent choisissant devivrepour soi en individualisant lesfinsdesonagir. Seul leholismeanthropologique 4 , soutient Descombes, peut donc fournirle cadre intelligible nécessaire à la compréhension du processusd’individualisation d’un êtrehumain : devenir autonomeest unepossibilitéquine s’offre qu’à l’homme social, et c’est la raison pour laquelle une  philosophie desverbessociologiques  (telsque«autoriser »ou «obliger ») est ici esquissée.On aboutit dès lors à ce qui est censé révéler le véritable sens de laQuerelledu sujet : leterrain politique(chapitreV). Làencore, laméthodeestla même, et l’analyse syntaxique subjective appliquée cette fois aux verbesfondamentaux du vocabulairepolitique(«commander », «obéir ») révèlequela philosophie du sujet, pour qui «l’homme devient sujet quand il décided’être à lui-même son propre fondement dans la science comme dansl’action » 5 , ne parvient pas àdémontrer quecesverbespeuvent êtreemployésdans un sens réfléchi correspondant àun régimepolitiquedel’autonomie. Lalégende française du sujet moderne, selon laquelle le  cogito   a fondé enmétaphysique la politique des droits naturels de l’homme, tombe, et avec ellel’identification du sujet de la conscience (l’ ego   cartésien) et de la personne juridique conçue comme titulaire de «droits subjectifs» (chapitre VI).L’examen des incidences de la philosophie du sujet sur la pensée éthique,politiqueet juridiqueconclut par conséquent àl’inutilitéd’ajouter au  subjectum  delalogiqueet au premier actant delathéoriedel’action, le soi   quepromeutcettephilosophie.En arrière-plan de tous ces longs développements grammaticaux etlogiquespointeen fait l’unedesquestionslesplusdébattuesdelaphilosophiedu langage: celledu pouvoir instituant del’esprit et desacapacitéàsuivreunerègle. La philosophie du sujet, en assumant des thèses construites sur l’idéed’une auto-position par laquelle le sujet se pose lui-même comme sujet, seheurte en effet inéluctablement «au cercle logique d’une fondation sur elle-même de la chose à fonder », et constitue de ce fait le repoussoir idéal d’unephilosophie de l’esprit qui appréhende quant à elle la problématique del’autonomie en fonction du cercle familier de l’apprentissage. A la question«comment acquérir le pouvoir de se diriger soi-même?», elle répond ensomme : «en  s’exerçant   à se diriger soi-même». Si l’auto-position, dans sesversionsprincipales, fait l’objet d’un examen aussi systématiqueet implacable,c’est donc en définitiveparcequ’elleconstituedefaçon électivecequedoit etpeut récuser unephilosophiedel’action dont lemodèledeconcept desujet est 4 Le holisme anthropologique   est lathèsequi affirmequel’esprit objectif desinstitutionsprécède et rend possible l’esprit subjectif des individus empiriques. Cette thèse estdéveloppéedans Lesinstitutionsdu sens  deDescombes. 5 Page325.    D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   U  n   i  v  e  r  s   i   t   é   P  a  r   i  s  -   D  e  s  c  a  r   t  e  s  -   P  a  r   i  s   5  -  -   1   9   3 .   5   1 .   8   5 .   4   9  -   2   4   /   0   9   /   2   0   1   4   1   0   h   1   7 .   ©   V  r   i  n umeééhgdswcarnnoUvestéPsDaePs515842021©Vn  Le complément de sujet, de Vincent Descombes   135 fourni par la notion de complément d’agent. Par ailleurs, en exigeant que laphilosophie du sujet formule clairement par une caractérisation de typesyntaxiquelechamp deson appellation, Descombessedonnelesmoyensnonseulement d’en faire la critique la plus radicale qui soit, mais également deruiner les prétentions des philosophies politiques fondées sur unindividualisme qui prétend poser, au fondement d’un régime politiquelégitime, un rapport du  citoyen   à la  cité  qui ait le caractère d’une relationréfléchieàsoi.En associant Wittgenstein à Dumont, l’interrogation sur le pouvoirnormatif des règles et leur statut ontologique à la thèse sociologique pourlaquellel’exerciced’uneraison individuellesupposenécessairement uneraisoncollective, Descombes ajoute un chapitre supplémentaire original à l’histoiredes disputes de l’esprit 6 , et en la situant dans le vif d’une des problématiquesles plus débattues, livre ainsi un nouveau combat aux philosophies à qui ilreproche de se raconter sans jamais s’expliquer. Peu àpeu, c’est en sommesapropre philosophie qu’il construit, sous la haute autorité de Lucien Tesnière(pour son approche grammaticale), Louis Dumont (pour son holismeanthropologique) et Ludwig Wittgenstein (pour sa philosophie de l’esprit), etsi latechnicitédesobjectionsqu’il formuleàl’encontredespenséesdel’auto-position rend la lecture de son ouvrage difficile et nécessite une attentionsoutenue, leur profondeur justifieamplement leseffortsqu’elledemande. Il estàcraindrecependant quel’aspect nécessairement polémiquedu  Complément de sujet   ne masque précisément l’intérêt et la valeur des analyses qui y sontdéveloppées. Il faudra donc à ceux qui entendent lui répondre se hisser auniveau où il porte la question, ce qui risque à coup sûr de réduireconsidérablement lenombredesprétendants… 6 Vincent Descombesaréuni souscetteappellation sesouvrages La denréementale  et  Les institutions du sens  , parus tous deux aux Editions de Minuit, dans la collection«Critique», respectivement en 1995et 1996.    D  o  c  u  m  e  n   t   t   é   l   é  c   h  a  r  g   é   d  e  p  u   i  s  w  w  w .  c  a   i  r  n .   i  n   f  o  -   U  n   i  v  e  r  s   i   t   é   P  a  r   i  s  -   D  e  s  c  a  r   t  e  s  -   P  a  r   i  s   5  -  -   1   9   3 .   5   1 .   8   5 .   4   9  -   2   4   /   0   9   /   2   0   1   4   1   0   h   1   7 .   ©   V  r   i  n umeééhgdswcarnno UvestéPsDae Ps5 1584 2021©Vn
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