«L'histoire comme passage», Cahiers de la Fondation Trudeau, 4, 1 (2012), p. 43-61.

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  Jocelyn Létourneau Lauréat Trudeau  2006  Université Laval  biographie À l’Université Laval, Jocelyn Létourneau est titulaire de la Chaire derecherche du Canada en histoire du Québec contemporain. Membrede l’Institute for Advanced Study (Princeton, New Jersey) et de laSociété royale du Canada, il est également lauréat de la FondationTrudeau. Entre 2006 et 2012 , Jocelyn Létourneau a dirigé une alliancede recherche universités-communautés (ARUC) sur le thème « LesCanadiens et leurs passés ». En 2010 , il a été Fulbright Fellow à l’Uni-versité de la Californie à Berkeley et à l’Université Stanford, de mêmeque chercheur invité à l’Institute for the Study of the Americas(Université de Londres). Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvragespubliés en solo ou dont il a assuré la codirection. Parmi ses livresmajeurs, mentionnons Les Années sans guide : Le Canada à l’èrede l’économie migrante (Boréal, 1996 ) ; Passer à l’avenir : Histoire,mémoire, identité dans le Québec d’aujourd’hui (Boréal, 2000 ; Prix Spirale de l’essai, 2001 ), Le Québec, les Québécois : un parcours histo-rique (Fides, 2004 ), Le Coffre à outils du chercheur débutant. Guided’initiation au travail intellectuel  (Boréal, 2006 ; trad. en espagnol eten portugais) et Que veulent vraiment les Québécois ? Regard sur l’in-tention nationale au Québec (français) d’hier à aujourd’hui (Boréal, 2006 ). En 2010 , il a publié chez Fides Le Québec entre son passé et ses passages . Il travaille actuellement sur un manuscrit intitulé tentati-vement  Je me souviens ? Le Québec dans la conscience historique de sa jeunesse.  résumé Dans ce texte personnel et exploratoire, l’auteur aborde une questiondélicate et périlleuse : comment, par la mise en récit de ce qui fut (cequ’on appelle l’histoire), servir la cause de l’Homme sans desservircelle de la science ? Le postulat de départ est le suivant : il est plu-sieurs façons valides et valables de rendre compte de ce qui fut. Dansce contexte, quelle histoire construire du passé ? L’argumentationdéveloppée dans l’article consiste à baliser l’espace réflexif de l’his-torien en reconnaissant à son travail interprétatif une utilité socialemodérée : celle de rappeler à quel point le passé est avant tout affairede changement, ce qui restaure le pouvoir de l’espoir sur l’espoirdes pouvoirs ; et celle de montrer à quel point, si on aborde le passédans le foisonnement de sa diversité, il se présente comme un lieude passages plutôt que de verrouillages, ce qui rappelle à quel pointl’évolution humaine est affaire ouverte plutôt que fermée.  conférence « L’histoire comme passage » Université McGill le 14 février 2012 La question qui m’anime est banale en même temps que compliquée :comment, après 30 ans de carrière comme historien professionnel,peut-on déboucher sur un sujet aussi périlleux pour la science quecelui du rapport entre histoire et espoir ? Avant d’en venir au cœurde mon propos, il me faut effectuer un petit détour qui nous ramèneen 1997 - 1998 , à l’Institut d’études avancées de Princeton, où j’étais Fellow. De mon année passée à l’Institut, je garde un souvenir impéris-sable. L’explication est bien simple : j’y ai découvert à quel point faireœuvre de science relevait aussi de l’exploration réflexive. Il se peutque l’environnement intellectuel de l’Institut, où la pensée inno-vante est valorisée, m’ait dégourdi l’esprit. Il se peut aussi que j’aiedécidé, à l’orée de ma quarantaine, d’assumer ma condition réelle,qui est celle de penseur avant d’être celle de chercheur. Cela dit, jene voudrais pas cautionner ici de fausse dichotomie. Il est évidentque les gens qui cherchent pensent au même titre que les gens quipensent cherchent. C’est une question de dominance chez les unset les autres. Par ailleurs, je serais le dernier à dire que les penseurssont les patriciens du monde savant et que les chercheurs en sontles plébéiens. Je ne vois pas les choses de cette manière. Pour moi,  jocelyn létourneau 44 la connaissance progresse sur plusieurs fronts à la fois, dans la com-plémentarité plutôt que dans l’opposition des façons de faire. Masensibilité scientifique, qui laisse une large place à la raison imagina-tive, est inspirée par les « sophistes » dits spécieux autant que par les« platonistes » réputés ennuyeux. Sur le plan personnel, je me senstout simplement plus à l’aise dans le champ de l’exploration savanteque dans tout autre champ. Voilà le fond de l’affaire.Toujours est-il qu’à l’Institut, j’étais fasciné non seulement parla liberté que l’on avait de pénétrer les lieux dits de l’impensable,mais aussi par l’ampleur et la difficulté des sujets abordés par toutun chacun. À l’École de sciences sociales, où je logeais, un MichaelWalzer, par exemple, s’était interrogé sur la question des guerres justes et injustes. Un Clifford Geertz avait embrassé le problèmeimmense de l’interprétation des cultures. Un Albert Hirschmanns’était lancé dans la prospection des confins moraux et politiquesde l’économique. Et, par l’usage du concept de genre, une Joan Scottavait entrepris d’élargir le territoire de l’histoire en même temps qued’accroître la conscience historique des femmes. Le dénominateurcommun de ces quatre piliers des sciences sociales contemporainesétait parfaitement identifiable : aucun ne craignait de s’aventurer surles terrains les plus glissants des humanités, là où le donné brut ren-contre la pensée créative, là où l’esprit scientifique croise la préoccu-pation politique, là où la recherche d’objectivité rejoint l’assomptionde subjectivité.Dans ces emplacements réputés inconfortables, j’étais à maplace. En fait, je ne faisais que prendre conscience de mon penchantpour les idées, inclination acquise depuis longtemps. Pourquoi unetelle vénération des idées, y compris les plus téméraires ?* * *Il me faut avouer ici un trait de personnalité. Je suis optimiste plusque pessimiste. J’ai foi en l’imagination. Je crois qu’il existe des solu-tions aux problèmes. Peut-être parce que j’ai des enfants, je ne suis
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