L'Ecurie d'Isabeau de Bavière

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  L'Ecurie d'Isabeau de Bavière
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  L’ECURIE D’ISABEAU DE BAVIERE, REINE DE FRANCE  THE STABLE OF ISABEAU OF BAVARIA, QUEEN OF FRANCE PARE Moussa Département d’histoire Université de Cocody RESUME L’Ecurie est un des six offices de l’Hôtel. Elle regroupe aussi bien le personnel domestique chargé de son entretien et son fonctionnement, les chevaux de diverse nature, le matériel roulant et équipement que les bâtiments qui les abritent. Chargé du transport, cet office a joué un rôle important dans les cours princières et seigneuriales au Moyen Age. Mots-clés  : Ecurie, cheval, char, chariot, selle, harnais, Isabeau de Bavière. SUMMARY  The stable is one of the six offices of the hotel. It regroups the domestic staff charged of its interview and its working, the horses of various nature, the rolling-stock and equipment as well that the buildings that shelter them. Loaded of the transportation, this office played an important role in the courses royal and manorial à the Aged Means. Key Words :  Stable, horse, chariot, wagon, saddle, harness, Isabeau of Bavaria.  Rev. Ivoir.Hist., n° 4-5 2004, pp. 70-78 © EDUCI 2004  INTRODUCTION L’Ecurie regroupe à la fois le personnel, les chevaux, les véhicules et leurs locaux dans une Maison princière. Elle fait partie des six offices indispensables au bon fonctionnement de l’Hôtel. Cet office, chargé du transport, a eu, au Moyen Age une importance particulière, surtout que les cours sont continuellement en mouvement. Ce qui explique l’étude que nous consacrons à l’Hôtel d’Isabeau de Bavière. Entrée à la cour de France en 1385, elle y joue un rôle politique prépondérant à partir de 1393, suite à la maladie du roi et ce jusqu’en 1422 quand meurt Charles VI. L’étude repose sur les comptes de l’Hôtel et de l’Argenterie de la reine. En réalité, l’Ecurie fait l’objet de comptes spéciaux qui portent sur les dépenses relatives à l’achat de chevaux et frais de nourriture, à la maréchalerie, aux équipements et harnachement, aux frais de transport, etc. Il s’agit alors de mettre en relief le personnel de cet office et ses attributions et d’apprécier les moyens de déplacement. I- LE PERSONNEL ET SES MISSIONS De nombreuses personnes exercent à l’Ecurie d’Isabeau de Bavière. Malheureusement, ni le nombre, ni les fonctions ne sont clairement indiqués dans les comptes.L’Ecurie est dirigée par le grand maître ou le premier écuyer. En 1398, Robert de Pontaudemer occupe cette charge 1 . Il a plusieurs attributions. Il s’occupe de l’approvisionnement de l’Ecurie en chevaux. Pour cela, il parcourt les grandes foires notamment celles du Lendit et de Compiègne 2 . Il est aussi responsable de leur entretien et de leur nourriture. Sur ses directives, l’Ecurie est régulièrement nettoyée 3 . Il veille, enfin, à l’acquisition des équipements. Sous les ordres du premier écuyer, travaille une multitude de domestiques que sont les écuyers, les clercs, les pages, les maréchaux, les palefreniers, les sommeliers et les valets. A eux s’ajoutent les nombreux chevaucheurs et messagers. Les comptes de 1401 révèlent que l’Eurie d’Isabeau de Bavière compte en son sein 18 messagers et chevaucheurs. En effet dans les rubriques 1- Seigneur du Quesnoy en Normandie, il est panetier du roi et de la reine en 1390. Deux ans plus tard, il est uniquement au service d’Isabeau de Bavière en qualité de valet de chambre (A.N.KK 23, fol 57v°). De 1401 à 1405, il est maître d’hôtel A.N. KK 45 et A.N. KK 46). A partir de 1406, il passe au service de Louis de Guyenne où il occupe les fonctions de responsable d’Ecurie (A.N. KK 46, fol 57).2- M. Douët d’Arcq, Comptes de Hôtel des rois de France aux XIV ème  et XV ème  siècles, Paris, librairie de la société de l’histoire de France, 1865(compte de l’hôtel de la reine d’Isabeau de Bavière pour le terme de la saint Jean 1401), p. 145 : ‘‘Ledit Charron, envoié porter lectres de la royne à Compiengne, à Hennequin Yoncre, marchant de chevaulx … 32 s.p.’’ La foire de Compiègne a été concédée au XI ème  par Philippe 1er pour célébrer la déposition du Saint Suaire dans un nouveau reliquaire à l’abbaye de Sainte Corneille. De trois jours, la durée de cette foire de la mi-carême est prolongée à 2 semaines. Au XIV ème  siècle, elle supplante les foires de Champagne et les activités économiques se concentrent autour de sa patronne et responsable : l’abbaye de Sainte-Corneille Cf. J. Heers, La ville au Moyen Age  , Paris, Fayard, 1990 ; p. 413.3-  Ibid  ., p. 169 : ‘‘Le Cornu, pour avoir osté, les fiens, gravois et autres choses de la cour de l’Escurie de la Royne,  … 6 l. 6. p’’.  PARE   MOUSSA 72  Rev. Ivoir.Hist., n° 4-5 2004, pp. 70-78 © EDUCI 2004 ‘‘Messaiges’’ et ‘‘querre deniers’’ sont consignées les indemnités pour quelques missions effectuées pour porter des correspondances. Elles portent entre autres sur les va et vient vers les receveurs pour le fait des finances, les lettres personnelles de la reine à des officiers et dames de sa Maison, à des marchands, etc. En fait, on compte 11 messagers pour 33 missions accomplies auxquels s’ajoutent sept personnes chargées de la récolte de fonds. Avant tout déplacement d’Isabeau de Bavière, ils se renseignent sur l’état des routes et sur la situation sanitaire et sécuritaire des provinces 4 . Deux ans plus tard, plus d’une dizaine de personnes se chargent des missions de la reine 5 . Ce chiffre est largement inférieur à l’effectif exact. Lorsque Isabeau de Bavière distribue des livrées en 1403, elle donne 44 robes aux gens d’écurie et 23 en 1406 6 . Même dans ces cas, les petites gens n’ont pas eu droit aux distributions. Ceci explique le nombre réduit et variable des bénéficiaires. Il faut préciser ici, que les frais de livrées ou les livrées, indiquent le nombre et la qualité des draps achetés alors que les listes de gages sont plus précises puisque nominatives. Dommage qu’on ne puisse pas toujours recouper ces deux sources d’informations. Ces distributions révèlent la place de choix qu’occupe auprès de la reine le personnel de son Ecurie. Il porte ses couleurs. En effet, en 1403 et 1405 pour les fêtes de Pâques, elle offre aux gens de son Ecurie des draps verts gay et blancs, deux couleurs de la devise d’Isabeau de Bavière qui est ESPERANCE. Le port des couleurs est significatif dans une société où le paraître a une extrême importance. C’est même un fait de civilisation. Il traduit l’état de ce personnel qui les porte, sa place à la cour et dans la société.Certes, pour l’époque, le réseau routier de la France est relativement bon. Il est vrai que ça et là, un pont peut s’écrouler s’il ne l’est pas ; une portion de route est impraticable pour cause d’intempéries (pluie, neige, grêle etc). Mais le danger le plus grave donc le plus craint, c’est la guerre avec ses contingences que sont les attaques de brigands contre les voyageurs sans défense. Ce qui expliquent toutes ces précautions malgré les mesures prises pour lutter contre cette insécurité dont l’ampleur participe non seulement des aléas de la guerre de cent ans mais surtout de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, deux partis nés des rivalités entre les princes des fleurs de Lys. Ainsi, jusqu’à la mort de Charles VI en 1422, le royaume est déchiré par ces luttes partisanes marquées par des épurations, massacres et pillages.En plus du premier écuyer, les comptes mentionnent explicitement en 1401, Louis Pouillet en qualité d’écuyer et Jean Alban qui exerce la charge 4- M. Douët d’Arcq, Comptes de l’Hotel. ... pp. 143-168.5- A.N. KK 46, fol 6V.6- A.N. KK 43, fol 10r° et 193v°. A l’Ecurie de Charles VI en 1388, exerce une centaine de personnes. En plus de 13 écuyers, ce services accueille 3 clercs, 3 maréchaux et 2 valets de forge, un maître palefremier, 3 palefremiers, 8 valets de palefrois et coursiers, 18 chevaucheurs, un valet pour le ‘‘grand cheval’’ du roi et valet de pied, Cf. H. Lemoine, ‘‘Les Ecuries royales sous Charles VI et Charles VII’’, Bulletin philologique et historique,  1928-1929, pp.132-133.  73 L  ’  ECURIE   D ’  ISABEAU   DE   BAVIERE , REINE   DE   FRANCE  Rev. Ivoir.Hist., n° 4-5 2004, pp. 70-78 © EDUCI 2004 de maréchal-ferrant 7 . Quant à Guillaume le Madre, il s’occupe, avec d’autres clercs, d’enregistrer, transcrire les mouvements dans l’office. En fait, les clercs tiennent les livres de comptes 8 .En réalité, on peut avoir une idée du personnel de l’Ecurie d’Isabeau de Bavière en tenant compte de l’effectif d’ensemble des domestiques qui forment sa Maison, puisque nombre de ces serviteurs sont montés. En fait, plus de 250 personnes sont au service de la reine en 1401 et pendant ses déplacements, elle est accompagnée par son entourage immédiat composé par les dames et les demoiselles et une pléthore de domestiques, officiers et serviteurs. En Mai 1398, Isabeau de Bavière et sa suite sont reçues à dîner à la résidence de Jean de Montaigu conseiller du roi 9 . Quelques fois, les enfants de France, ainsi que leur personnel sont du voyage. En fait, jusqu’à leur majorité, 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons, les princes et princesses de France sont sous la tutelle de leur mère. Ainsi, au début de l’année 1414 la reine, accompagnée de Catherine de France et de Charles de Touraine, sé- journe à Senlis où doit les rejoindre Jean le Dauphin de France. Des travaux sont alors effectués au château pour le rendre plus confortable 10 . Tout ce monde qui suit la Isabeau de Bavière, est pris en charge par l’Ecurie pour ce qui est de leur transport. De ce fait, ce service est doté de moyens importants. II - LA LOGISTIQUE* Les chevaux Les comptes de l’Hôtel de la reine révèlent plusieurs espèces chevalines, presque les mêmes qu’on retrouve chez Charles VI. En effet, dans l’Ecurie d’Isabeau de Bavière, les chevaux sont nombreux et divers. Ils sont achetés sur les principaux marchés dont les foires de Compiègne et du Lendit.On distingue parmi les chevaux, d’abord les palefrois et haquenées. Ils sont montés surtout par les femmes. Et dans le cas présent, il s’agit de la reine et de l’aristocratie féminine qui l’entoure. D’ailleurs en 1385, elle offre à des demoiselles, des selles, pour leurs montures, des haquenées. 11 Il y a également des destriers et des coursiers pour conduire les litières pendant les voyages. Enfin, on retrouve des chevaux pour le personnel, les 7- M. Douët d’Arcq, Comptes de l’Hôtel  ..., p. 168.8- Ibid  . p. 155 : ‘‘Guillaume le Madre et ses compaignons, clers d’Escuirie, pour un papier nueuf, 10 s. deux douzainnes et demie de parchemin et pour un cent de gictouers tout acheté par eux  pour enregistrer, trancripre et gicter les parties dudit office’’  .9- A. N. KK 45, fol 9 : ‘‘La royne et tout son commun a qui Montaigu a donné a soupper et huy a disner et qui les gens de Montaigu ont servie et touz ses offices et fait plaisir...». Né vers 1350,  Jean de Montaigu a gravi rapidement les échelons de l’administration royale. En octobre 1401, il accède à la souveraine maîtrise de l’hôtel du roi. Victime de la lutte des partis, il est arrêté et exécuté en octobre 1409.10- A.D. Loire - Atlantique, E 235, fol 46v°: ‘‘A la royne comptant par Alizan pour paier I huis et II serrures mises et assises ou logis de la royne ou chastel de senliz le XVIII) jour de février XX s’’  11- A . N. KK 34, fol 93 v° : ‘‘Pour IIII selles de draps vermeil pour acquenees pour IIII des demoiselles à la royne, -XL l. t’’   PARE   MOUSSA 74  Rev. Ivoir.Hist., n° 4-5 2004, pp. 70-78 © EDUCI 2004 roncins et les sommiers attelés aux chariots pour le transport des bagages. Ainsi, pour cette période, la prédominance du cheval comme moyen de locomotion est sans contexte.La reine Isabeau de Bavière va à cheval. En 1386, elle reçoit de son tailleur un manteau et une cotte à chevaucher 12 . Auparavant, en 1387, nous relevons, dans les comptes de l’Argenterie du roi, deux dons de draps à Pierre L’Estourneau tailleur de la reine pour lui faire des vêtements à chevaucher : Il s’agit d’une part d’un ensemble composé d’un manteau, d’une cotte-hardie et d’un chaperon faits d’un drap violet de Bruxelles 13  et d’autre part d’un manteau fourré de menu-vair, confectionné dans de l’écarlate sanguine de Bruxelles 14 . La même année, elle est à Senlis au moment où elle reçoit deux autres cottes hardies confectionnés et livrés par son tailleur 15 . En 1416, elle utilise toujours, malgré son âge et son état de santé, des vêtements pour aller à cheval. En effet, Isabeau de Bavière a plus de 45 ans. Elle a une santé fragile. D’ailleurs, quelques mois plus tôt, elle était évacuée de Melun à Paris 16 . Mais rétablie et entourée par ses dames et demoiselles, elle entreprend régulièrement des chevauchées et autres promenades d’agrément. Elle prend tout de même, le soin de se protéger contre les   intempéries 17 .Les chevaux de la reine sont de bonne race. Plusieurs informations dans les comptes permettent à la fois d’avoir une idée de leur prix et d’apprécier les couleurs de leur robe et leurs spécificités. Ainsi, en 1410, un roncin bay, c’est-à-dire rouge brun est acheté et livré au comte de Ponthieu, le futur Charles 12- A.N. KK 20, fol 141 : ‘  ‘Pour un voyaige fait par (Pierre Lestourneau) de Paris à Mante... où ladite dame estoit, pour porter une cottehardie et un mantel à chevaucher d’escarlate vermeille  pour essayer- XXX VI S. P.’’ 13- M. Douët d’Arcq, Nouveau recueil des Comptes de l’Argenterie, Paris, Jules Renouard, 1884 (compte de l’Argenterie du roi pour le terme de la Saint Jean 1387), pp. 137-138 : ‘  ‘A lui (Nicolas Alexandre’’ pour VIII aulnes de drap violet… Bruxelles - baillié audit tailleur, pour faire un mantel et chapperons doubles et une longue cote hardie à chevaucher, pour ladicte madame la Royne…’’  14- Ibid  . p. 138 : ‘‘A lui (Aubelet Buignet), pour ij aulnes et demie d’escarlate sanguine de Boixelles, de grant moison - bailliees audit tailleur, pour faire un manteau à chevaucher, qui a esté fourré de menu vair, pour ladicte dame…’’ le menu-vair est une fourrure faite de pelage d’écureuil. Elle est utilisée, de préférence, pour fourrer les manteaux des souverains. Quant à l’écarlate sanguine, c’est un drap fin teint de couleur rouge-sang.15- A.N. KK 18, fol 110 v° : ‘‘Pour un voyage fait par ledit (Pierre Lestourneau), tailleur, de Paris à Senlis --- pour porter devers ladite dame deux costes hardies, l’une d’escarlate vermeille et l’autre de drap vert…’’  16- N., coll. Bourgogne, t. 65, fol 104 cité par Y. Grandeau ‘‘Itinéraire d’Isabeau de Bavière’’ dans Bulletin philologique et historique,  1964 ; p. 640 :  ‘‘les Parisiens… oierent leurs ambaxadeurs so- lemnelz à Meleun, devers la royne, qui estoit malade. Laquelle se fist porter par plusieurs hommes de pié en la ville de Paris, et se loga en ostel d’Orleans.’’ 17- A. N. KK 42, fol 72 v° :  ‘‘Pour deux aulnes et un quartier de veluiau noir sur soye, de quoy on a fait un grant chapperon pour la royne pour mettre devant ses yeux quant elle chevauche.’’ 
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