Les pièces d'actualité politique françaises : événements, représentations et mémoire , Images re-vues. Histoire, anthropologie, histoire de l'art, 5, 2005 (en ligne)

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  Les pièces d’actualité politique françaises, opuscules imprimés comportant un nombre limité de feuillets et agrémentés de gravures sur bois, diffusent dans l’opinion publique des « nouvelles » sur le roi de France et le royaume. Elles colportent la
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    Images Re-vues Histoire, anthropologie et théorie de l'art   5 | 2008 L'image-événement Les « pièces d’actualité » politique françaises.Événements, représentations et mémoire The French Political Newssheets. Events, Representations, and Memory Marion Pouspin Édition électronique URL : http://imagesrevues.revues.org/111ISSN : 1778-3801 Éditeur : Centre d’Histoire et Théorie des Arts,Groupe d’Anthropologie Historique del’Occident Médiéval, Laboratoired’Anthropologie Sociale, UMR 8210Anthropologie et Histoire des MondesAntiques  Référence électronique Marion Pouspin, « Les « pièces d’actualité » politique françaises. Événements, représentations etmémoire », Images Re-vues  [En ligne], 5 | 2008, document 1, mis en ligne le 20 avril 2011, consulté le02 octobre 2016. URL : http://imagesrevues.revues.org/111 Ce document a été généré automatiquement le 2 octobre 2016.Tous droits réservés  Les « pièces d’actualité » politique françaises. Événements, représentationset mémoire The French Political Newssheets. Events, Representations, and Memory Marion Pouspin 1 En dépit du lien lexical formant le mot« image-événement » qui,grammaticalement, induirait un sensspécifique à ce mot, un sens indépendantde ses deux composants, la définition del’image-événement est intrinsèque à cellede l'événement. L'événement est un termeflou se prêtant à des acceptions tantôtélitiste - l'événement serait quelque chosede rare - tantôt « démocratique » -l’événement désigne ce qui survient et,donc, chaque jour aurait son événement. Le terme apparaît dans la langue française aumilieu du XVe siècle, formé sur le modèle de l’« avènement » forgé à partir du latinevenire 1 .  L’eventus signifie l’issue, le résultat de quelque chose. Mais les écrivains latins etmédiévaux utilisent l’expression res gestae pour désigner ces choses remarquablesaccomplies dans le passé. L’évaluation de l'importance d'unfait l'érigeant de facto enévénement est complexe. Il faut distinguer, d'une part, l’écho immédiat de l'événementchez les contemporains et, d’autre part, la construction historique de l’événement,autrement dit l’acquisition a posteriori d’une dimension mythique d’un fait. C’est la miseen écriture du fait qui érige celui-ci en événement. 2 Au regard de l’image, peut-on définir comme image-événement toute représentation d’unfait érigé de facto en événement – dans ce cas, l’image serait passive dans la constructionde l’événement ? Ou est-ce l’écho d’un fait au moyen de la diffusion de la représentation Les « pièces d’actualité » politique françaises. Événements, représentations ...Images Re-vues, 5 | 20081  de celui-ci qui en fait un événement – dans ce cas, l’image serait active dans laconstruction de l’événement ? Tout est question d'antériorité. Les « pièces d'actualité »politiques françaises peuvent contribuer à ce questionnement sur l’image-événement ententant d'inverser les rapports d’antériorité temporelle ou logique entre l’événement etsa mise en écriture/image. 3 Ces opuscules imprimés dès lesannées 1480 (essentiellement à Paris, Lyon et Rouen),comprenant un nombre limité de feuillets (jusqu’à une dizaine) et agrémentés degravures sur bois, avaient pour but de colporter dans l’opinion publique des « nouvelles »sur les rois Charles VIII et Louis XII et le royaume, concernant les cérémonies royales –sacre, couronnement, entrée et funérailles – et le déroulement des Guerres d’Italie –sièges, assauts et victoires. La dimension commune à tous ces opuscules imprimés est larelative immédiateté entre l’événement, la rédaction et la publication du texte qui enrend compte. Ces pièces d’actualité assument la fonction de « médiatiser » la puissanceroyale qui, par ces moyens, se donne à voir, à lire et à regarder. À travers les questions,tout d'abord, des rapports entre la production des pièces d’actualité et le tempshistorique ; puis, de la diffusion des pièces d’actualité ; ensuite, de la représentation del’événement et, enfin, du passage de la représentation de l’événement à l’image-événement, il s’agit de montrer que, à l’exemple des pièces d’actualité, l’image-événement est un outil de compréhension des imaginaires d'une société donnée.  Une sélection de faits : Quels moments de l’histoire ? 4 À la fin du XVe siècle, la monarchie de France trouve dans l’imprimerie un instrumentnouveau de la proximité royale. Les pièces d’actualité colportent, sous forme de récits enprose, de pièces en vers et de lettres du roi ou de combattants anonymes de l’expéditionitalienne – de manière dissociée ou conjointe, sans qu’il y ait de règle uniforme –, lesmanifestations du pouvoir royal réalisées tant en France qu’en Italie. Le rythme de laproduction des pièces dépend évidemment de l’actualité : les pièces sont éminemmentréactives à l’actualité dont elles sont une sorte de « baromètre » immédiat 2 . 5 Des années 1480 au début des années 1490, la production de pièces d’actualité apparaîtbalbutiante au regard de leur faible effectif (au-delà des aléas de la conservation de cesécrits éphémères) et de l’absence tangible de gravure à motif figuratif dans les pièces decette période. La première pièce, lacunaire et dépourvue de gravure, apparaît à l’occasionde l’entrée de Charles VIII à Paris sitôt son sacre, en juillet 1484 3 . Ensuite, la seconde pièceaujourd’hui conservée porte sur la prise de Fougères, en 1488, dans le cadre de la guerrecontre la Bretagne 4 . L’ordonnance de l’entrée et du sacre de la reine Anne de Bretagne, en1492, puis les traités d’Étaples en 1492 et de Senlis en 1493 font l’objet d’une publicationde pièces d’actualité, là encore dépourvues de gravure 5 . Dès 1494, la productions’accélère, si bien que l’année 1495 atteint tous les records avec vingt-deux piècesdifférentes concernant le déroulement de l’expédition italienne menée durant ces deuxannées par Charles VIII en Italie afin de récupérer le royaume de Naples. Le retour du roidans son royaume de France à la fin de l’année 1495 a des répercussions sur la productionimprimée : aucune pièce datée des années 1496 et 1497 ne nous est parvenue. Le retour duroi dans son royaume n’a pas forcément induit un arrêt de la production. Toutefois, le roine bataille plus et s’adonne à réformer son royaume. Le décès du roi lance un nouveausouffle sur la production si bien que l’année 1498 compte huit pièces différentesconcernant les funérailles de Charles VIII et les cérémonies royales de l’avènement de Les « pièces d’actualité » politique françaises. Événements, représentations ...Images Re-vues, 5 | 20082  Louis XII, à savoir le sacre et l’entrée parisienne suivie des joutes organisées à Paris. En1499, aucune pièce ne nous est parvenue alors que le roi demeure en Italie durant toutl’été jusqu’à la fin du mois de novembre. Cette absence de pièces de circonstance reflète lepeu d’activité royale puisque aucun fait d’armes ne nous est rapporté par leschroniqueurs du règne de Louis XII pour cette année-là 6 . Inversement, trois piècesaujourd’hui conservées concernent des faits déroulés en 1500 et 1501 en Italie alors que leroi en est absent. La période allant de 1502 à 1506 est intense sur le plan politique –l’armée française multiplie les défaites en Italie –, et pourtant, aucune pièce ne diffuse lesmécomptes italiens. Certes, le roi fait un court séjour en Italie de juillet à septembre 1502mais ce voyage vise la reprise en main de ses deux alliés – César Borgia et son père le papeAlexandre VI – et l’implantation de la présence française en Italie moyenne. Il n’y a nicombat ni attaque, ce qui coïncide avec l’absence de production d’opuscules concernantce séjour. La victoire sur les Génois en 1507 relance la production de pièces. De la fin del’année 1507 à 1508, deux pièces imprimées sont consacrées à l’entrée du couple royal àRouen. Puis, les pièces de la période allant de la fin de l’année 1508 à 1512 portent sur desévénements italiens auxquels le roi participe en personne. Suite au passage des Alpes parl’Autriche en février 1508, Louis XII retourne en Italie en 1509 : il a tenu à menerpersonnellement ses troupes au combat comme il l’avait fait à Gênes. Louis XII arrive àMilan le 1er mai 1509 et quitte la ville le 10 mai en compagnie de son armée pour contrerVenise. Dès1512, le roi retourne en France ; dès lors aucune pièce sur le versant italienn’est publiée, ce qui reflète le tournant pris par la campagne : l’armée française estchassée de Lombardie. Durant les deux dernières années de son règne, Louis XII demeureen France et les pièces portent désormais exclusivement sur les cérémonies royalesréalisées en France. 6 Cette présentation dela rythmicité de la production des pièces d’actualité politique meten lumière des indices de la réactivité de cette production à l’actualité : tous les faitspolitiques et militaires des années 1480 à 1515 ne sont pas couverts par cette « presse d’actualité ». Un certain nombre de facteurs, non directement liés à l’univers du« média » tels que des limites techniques, stimulent et déterminent la production de cesopuscules : l’absence du roi du royaume de France – l’éloignement royal induit, non demanière absolue, une intensification des publications – et l’importance des faits eux-mêmes. 7 Les pièces d’actualité érigent certains faits en événements. Elles ne colportent que lesfaits mémorables qui manifestent la figure royale et la monarchie de France dans touteleur gloire. Du fait à l’événement : Les conditions de la diffusion 8 La promotion d’un fait en événement vient de sa diffusion. L’écho de l’image-événementest fonction de l’ampleur de la production et du public touché par celle-ci. 9 La quantité de pièces aujourd’hui conservées – une centaine pour la période 1484-1515 –,ainsi que les éditions concurrentielles et la recherche de privilèges royaux garantissant « un certain droit de propriété sur les textes reproduits » 7  donnent l’impression d’uneproduction à haut débit. Hélas, une estimation de la quantité des tirages semble horsd’atteinte 8 . Les « pièces d’actualité » politique françaises. Événements, représentations ...Images Re-vues, 5 | 20083  10 Quant à la clientèle, les lecteurs des pièces d’actualité forment un public moins exigeantque celui de la production volumineuse et luxurieuse antérieure et que celui des livresimprimés soignés contemporains. La nature même de cette production à moindres frais etleur prix 9  déterminent le lectorat de ces médias. La clientèle semble être constituée depetits contribuables qui s’intéressent aux affaires de l’État : les notaires, les commerçants,les instituteurs… Les pièces d’actualité s’adresseraient aux classes montantes, bourgeoiseset commerçantes, des centres urbains – essentiellement à Paris, à Rouen et à Lyon,principaux lieux de production de ces médias– qui s’habituent à l’imprimé et à certains deses usages 10 . 11 Au tournant des XV e  et XVI e  siècles, l’écrit n’est plus un privilège, il s’est généralisé touten n’étant accessible directement qu’à une faible partie de la population 11 . Toutefois, laclientèle ne doit pas être limitée à ce cercle restreint, urbain et lettré : la lecture à sesvoisins ou à ses proches est possible. Les gens du commun assez instruits ont pu lire cespièces et en diffuser la teneur à leurs voisins ou amismême si, sur ce point, aucuntémoignage direct n’a pu être relevé 12 . Si ces opuscules imprimés sont vendus sur les étalsdes libraires et relèvent d’une initiative individuelle d’achat, leur lecture ne demeure pasexclusivement privée. Certes, la lecture privée et individuelle se développe au tournantdes XV e  et XVI e siècles sous l’action de la transition de l’écrit-privilège à l’écrit généraliséet du processus d’individuation caractéristique de la Renaissance. La lecture à ses voisinsou à ses proches est possible et les brochures circulent de main en main. Les lecturespubliques, jusque-là élitistes et destinées aux hautes classes et à la noblesse tant enFrance qu’en Angleterre et en Écosse, sont alors destinées aux illettrés et à ceux n’ayantpas accès à l’écrit pour des raisons culturelles ou économiques 13 . 12 Les pièces d’actualité popularisent, auprès d’un public élargi, non élitiste, descirconstances et des faits sélectionnés selon des critères non absolus. Les éditeurss’assurent du débit potentiel des brochures avant de les imprimer si bien que la réceptionde celles-ci est conditionnée par leur degré de réponse aux attentes du public. Si lespièces relèvent de la propagande et de la publicité de la figure royale dans toute sa gloire,la description du déroulement de l’expédition en Italie et des faits de guerre n’a pasqu’une fonction politique. Sans pour autant affirmer que l’événement serait généré parl’attente du public – ce serait la réception, et non seulement la diffusion, qui feraitl’événement –, la réception en est néanmoins une condition. En effet, les éditeurss’adaptent aux attentes et aux aspirations du public et ce, en vue de se garantirl’écoulement de leur production, c’est-à-dire leur diffusion. D’une part, les pièces surl’expédition italienne répondent à un souci d’être informé, de manière détaillée, del’avancée de la mission royale, de la santé du roi, des faits d’armes, des sièges, des assautset des entrées victorieuses dans la cité nouvellement conquise, autant d’éléments quiéchappent aux moyens traditionnels d’information tels que les crieurs publics. En effet,les crieurs publics 14  proclament les victoires royales , mais leur discours, ritualisé, nerapporte aucun détail sur le quotidien du roi ou des troupes armées, ni aucune desémotions ressenties par les combattants au cours d’unsiège ou durant l’éprouvantetraversée des Alpes, par exemple. En revanche, les lettres du roi et surtout celles decombattants 15 , mises en imprimé dans les pièces d’actualité, procurent ces précisionsinattendues et ce, à des milieux qui, sans l'imprimerie, n'auraient connu ces informationsque bien plus tard, au retour des troupes. D’autre part, les récits des faits d’armes et ladescription des paysages italiens, des villes et de leurs habitants répondent auxaspirations du public : l’essor des romans de chevalerie et des histoires épiques à la fin du Les « pièces d’actualité » politique françaises. Événements, représentations ...Images Re-vues, 5 | 20084
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