” L’histoire des sensibilités et l’Amérique latine. Une autre manière d’écrire l’histoire au Venezuela … et ailleurs »

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  Frédérique Langue L'histoire des sensibilités et l'Amérique latine : une autremanière d'écrire l'histoire au Venezuela... et ailleurs In: Caravelle, n°86, 2006. L'Amérique latine et l'histoire des sensibilités. pp. 13-30. Citer ce document / Cite this document :Langue Frédérique. L'histoire des sensibilités et l'Amérique latine : une autre manière d'écrire l'histoire au Venezuela.. etailleurs. In: Caravelle, n°86, 2006. L'Amérique latine et l'histoire des sensibilités. pp. 13-30. doi : 10.3406/carav.2006.2917http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/carav_1147-6753_2006_num_86_1_2917   Abstract ABSTRACT - To register into a new historiographical tendency often implies that previous definitionshave to be questioned. Such is the case for the history of sensibilities, with its double trend of sensorialanthropology and attention given to the «reception of the event», in terms of affects, emotions andpassions released in certain cases and experimented at different levels. So much so, since this newway of writing history, by giving a real status to forgotten protagonists in history and specially, in officialhistory, doesn't bring about a breaking of with social history, and more specifically with precursorygenders such as the history of mentalities or, more recendy, the history of representations. This essayproves that the Latin American example and the liveliness of this new way of writing history testify in avery convincing way the emergence of this phenomenon.RésuméRÉSUMÉ - S'inscrire dans une tendance historiographique nouvelle implique souvent que soit effectuéun retour sur des définitions préalables. Tel est le cas pour l'histoire des sensibilités, dans sa doubleorientation d'anthropologie sensorielle et d'attention prêtée à la réception de l'événement, en termesd'affects, d'émotions et de passions déclenchées et vécues à des échelles diverses. D'autant que cetteautre manière d'écrire l'histoire, en accordant un statut réel à des protagonistes oubliés de l'histoire, etplus précisément de l'histoire officielle, n'implique pas une rupture en termes d'histoire sociale et plusparticulièrement par rapport aux genres précurseurs qu'ont été l'histoire des mentalités et, plusrécemment, l'histoire des représentations. L'exemple latino-américain, et la vitalité de cette nouvellemanière d'écrire l'histoire, en attestent aisément, comme le montre cet essai.ResumenRESUMEN - Insertarse en una tendencia historiográfica novedosa implica muy a menudo que, almismo tiempo, se lleve a cabo una reconsideración de las definiciones previas. Tal es el caso para lahistoria de las sensibilidades, en su doble orientación, que apunta hacia la antropología de los sentidos,o privilegia la «recepción del acontecer histórico» desde el punto de vista de los afectos, de lasemociones y pasiones desencadenadas en determinadas oportunidades y experimentadas en diversasescalas. Y más cuando esta nueva manera de escribir la historia, al concederles un estatuto de hechoa protagonistas olvidados de la historia y particularmente de la historia oficial, no trae consigo unaruptura en términos de historia social y más particularmente respecto a los géneros precursores quefueron la historia de las mentalidades y, más recientemente, la historia de las representaciones. Elejemplo latinoamericano, y la vitalidad propia de esta nueva manera de escribir la historia, lo atestiguansobremanera, como lo pone de relieve este ensayo.  CM.H.LB. Caravelle ° 86, p. 13-30, Toulouse, 2006 Vhistoire des sensibilités et V Amérique latine. Une autre manière d écrire Vhistoire au Venezuela et ailleurs PAR Frédérique LANGUE CNRS-CERMA Au cours de ces dernières années, l'histoire des sensibilités s'est indiscutablement affirmée en tant que courant historiographique, aussi bien en ce qui concerne ses antécédents, et plus particulièrement le paradigme fondateur de l'histoire des mentalités puis de l'histoire des représentations - à la fois objet et outil de l'histoire -, qu'en ce qui concerne la diversification thématique et spatiale de ses objets d'étude. Nous avons eu l'occasion de souligner la façon dont cette manière inédite de faire de l'histoire s'était développée ainsi que la pluralité des définitions et influences partagées. L'histoire des sensibilités constitue en effet une autre histoire sociale à vocation globale, qui n'exclut aucun thème ou sujet de cette histoire, aussi infime ou éphémère soit-il en apparence. Ouvrir une brèche dans les sources communément plébiscitées par les spécialistes d'histoire sociale, aller au-delà du silence de ces mêmes sources en récupérant paroles oubliées, formes d'altérité ou de résistance inclassables et plus encore lorsque celles-ci relèvent de la « sphère plébéienne » et pas seulement de l'espace public tel que l'a identifié Jürgen Habermas, contribue à mettre en évidence une parole réprimée aussi bien dans un passé révolu que dans un temps présent, des langages spécifiques et significatifs, porteurs d'identités revendiquées et/ou réprimées. D'où le rôle qui incombe désormais à l'historien désireux de sortir des sentiers battus. Il lui revient ainsi de prêter une attention toute particulière aux échos de la rue - en ce qui concerne l'espace urbain, beaucoup plus propice à la consignation de faits exemplaires ou, au contraire, relevant du domaine de l'éphémère - via leurs différents  14 CM.H.LB. Caravelle vecteurs (représentants du système judiciaire et du contrôle social ou moral, mais également chroniqueurs et mémorialistes, ou le tout-venant) en tirant parti des catalyseurs qu'ont été certains événements bien précis ou des situations dans lesquelles il était fait violence, toutes situations conflictuelles qui se situent à la confluence du religieux (de la croyance) et du politique, et éveille des échos certains dans l'imaginaire d'hier. . et d'aujourd'hui. Le tremblement de terre de Lisbonne (1755) est un cas exemplaire dont les échos perceptibles à des échelles extrêmement diverses ne relèvent pas seulement de la narration historique, ou des projets « urbanistiques », mais aussi d'appréhensions littéraires et en première instance de la relativisation des catégories de l'analyse1. Cette insistance voulue sur le « non-dit de l'histoire », ce parti-pris en faveur des marges et des zones d'ombre de la discipline, essentiellement ces émotions et passions qui se meuvent dans la sphère d'un quotidien étranger dans la plupart des cas à celui des élites gouvernantes, est aussi une exploration des « désordres » qui prévalent au même moment dans la société considérée. Cette manière non conforme et inédite de faire de l'histoire a suscité de singuliers échos dans l'historiographie américaniste. Alors que, dans les premiers temps de cette vogue historiographique que fut l'histoire des « mentalités », le Mexique s'était affirmé comme leader continental, avec plusieurs études consacrées au religieux et par conséquent à l'univers de la transgression (histoire du corps, histoire des 1 J urgen Habermas, L'espace public, archéologie de la publicité comme dimension constructive de la société bourgeoise, Paris, trad. Payot. 1986. Ariette Farge, Dire et mal dire. L'opinion publique au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 1992 ; Des lieux pour l'histoire, Paris, Seuil, 1997. Frédérique Langue, «La historia de las mentalidades y la América colonial (América española, Brasil). Selección bibliográfica», REDIAL. Revista europea de información y documentación sobre América Latina, Paris/Madrid, 1994, n° 4, p. 77-118 (en línea en Nuevo Mundo Mundos Nuevos, rubro Biblioteca de Autores, http://nuevomundo.revucs.org/). « L'histoire fragmentée et les pécheurs vertueux. L'histoire des mentalités au Mexique, bilan historiographique », Cahiers d'Amérique Latine, n° 17, 1994, p. 157-162 ; «La historia de las mentalidades y el redescubrimiento de las Americas», Revista Actualidades (Centro de Estudios Latinoamericanos Rómulo Gallegos), Caracas, n° 7, 1998, p. 7-21. Pour l'analyse de situations concrètes et la problématique des modèles culturels subvertís ou assumés par les différentes catégories socio-ethniques, voir notre ouvrage Aristócratas, honor y subversión en la Venezuela del siglo XVIIL, Caracas, Academia Nacional de la Historia, 2000, Col. Fuentes para la Historia Colonial de Venezuela 252. Et sur le véritable défi que comporte l'histoire des sensibilités, sa relation avec le temps et la catégorie de l'histoire culturelle, voir Sandra Pesavento, «Sensibilidades no tempo, tempo das sensibilidades», sous presse et Nuevo Mundo. Il faut indiquer cependant que la micro-histoire a occasionnellement manifesté de ce type d'intérêt, en prenant en compte objets et sujets à un niveau autre. Sur les précurseurs et les différents courants qui l'animent au Brésil, Sandra Pesavento, História e História cultural, Belo Horizonte, Auténtica, 2003. Pour une période plus récente, voir Mônica Pimenta Velloso, A cultura das ruas no Rio de Janeiro (1900-3). Mediações, linguagens e espaços, Rio de Janeiro, Edições Casa de Rui Barbosa, 2004. May del Priore, O Mal sobre a Terra. Uma história do terremoto de Lisboa, Rio de Janeiro, Topbooks, 2003.  Sensibilités et Amérique latine 1 5 idées), ce fut en grande partie l'histoire de la famille qui retira les plus grands bénéfices de ce courant interprétatif et de ses reconsidérations méthodologiques. La situation était comparable dans plusieurs pays de Taire andine ou caribéenne. Le Venezuela, notamment, parvint à produire des textes d'importance, principalement en ce qui concerne l'histoire des idées et de la vie quotidienne sous l'angle de la rupture par rapport aux normes juridiques et morales en vigueur. L'Argentine a privilégié, en revanche, la perspective des sociablités, tirant parti, il est vrai, d'autres sources. Mais le panorama actuel de la recherche américaniste consacre la suprématie du Brésil, et son inclusion formelle dans le courant de l'histoire des sensibilités, à la différence de l'évolution relevée dans d'autres pays plus orientés vers les questions de représentations sociales, voire des problématiques plus « classiques »2. Remémoration sélective et mémoire historique Les réflexions historiographiques réalisées dans chaque cadre national, les sources utilisées, selon la période étudiée, les influences extérieures, expliquent la tendance du genre à se situer à l'entrecroisement de plusieurs disciplines (histoire, anthropologie, analyse textuelle et littérature, pour ne mentionner que les plus décisives). Il reste que les conjonctures historiographiques coïncident nécessairement avec certaines visions du monde et rejoignent par conséquent des problématiques qui sont celles du temps présent. L'histoire devient alors une véritable pratique sociale. Elle s'apparente, à l'occasion, avec un engagement social beacoup plus accentué lorsqu'elle traite de faits qui éveillent des échos contradictoires dans l'actualité et, partant, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'histoire du « très contemporain ». Autre aspect qu'il convient d'explorer : les silences de l'histoire, et tout particulièrement de l'histoire officielle, en d'autres termes ces tabous de l'histoire qui perdurent non seulement dans les mémoires mais tout aussi bien dans les célébrations périodiques qui rythment les vies politiques nationales (fêtes nationales ou commémorations). De l'interprétation de faits situés dans un passé en principe révolu mais depuis un présent devenu incontournable, sans pour autant tomber dans 2 Sandra Pesavento (org.)> História cultural. Experiências de pesquisa, Porto Alegre, Editora UFRGS, 2003. Voir également la compilation de Marcos Cezar de Freitas (org.), Historiografia Brasileira em Perspectiva, São Paulo, Ed. Contexto-USF, 1998. Pour l'Argentine, voir en particulier Sandra Gayol, Sociabilidad en Buenos Aires. Hombres, Honor y Cafés 1862-1910, Buenos Aires, Ediciones del Signo, 2000. Pour le Venezuela, nous renvoyons aux analyses d'Elias Pino Iturrieta, amorcées depuis la perspective de l'histoire des idées, et notamment à l'ouvrage collectif qu'il a coordonné : Quimeras de amor, honor y pecado en el siglo XVIII venezolano, Caracas, Planeta, 1994.
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