L’Arabie antique de Karibʾîl à Mahomet. Nouvelles données sur l’histoire des Arabes grâce aux inscriptions, sous la responsabilité de Christian Robin, in Revue du Monde musulman et de la Méditerranée, 61, 1991 / 3. “Cités, royaume

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  L’Arabie antique de Karibʾîl à Mahomet. Nouvelles données sur l’histoire des Arabes grâce aux inscriptions, sous la responsabilité de Christian Robin, in Revue du Monde musulman et de la Méditerranée, 61, 1991 / 3. “Cités, royaumes et empires de
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  Christian Robin Cités, royaumes et empires de l'Arabie avant l'Islam In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée, N°61, 1991. pp. 45-54. Citer ce document / Cite this document :Robin Christian. Cités, royaumes et empires de l'Arabie avant l'Islam. In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée,N°61, 1991. pp. 45-54. doi : 10.3406/remmm.1991.1506http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remmm_0997-1327_1991_num_61_1_1506 t:: \~0 reative ~\ :J commons  ® hristian Robin CITÉS, ROYAUMES ET EMPIRES DE L ARABIE AVANT L ISLAM 1. le peuplement de l Arabie © ,~ L Arabie aride n a pas toujours été un désert de sable et de rocaille. Avec un climat relativement humide entre 7000 et 4000 avant l ère chrétienne dans le sud, entre 4000 et 1000 dans le nord, la végétation était beaucoup plus riche et plus dense qu aujourd hui ; dans les dépressions, envahies par des lacs permanents ou temporaires, le gibier proliférait et attirait les chasseurs. Mais le front intertropical a glissé progressivement vers le sud, de sorte que le désert a gagné toute la péninsule, à l exception des montagnes élevées du Yémen et de ] Oman. Aujourd hui, on pourrait qualifier l Arabie, comme le fait Paul Sanlaville, de «désert au milieu des mers». Bien des espèces animales, apparues lors de la phase humide, ne disparurent que progressivement : lions et ânes sauvages étaient encore chassés à l époque sudarabique ou aux premiers siècles de l Islam. La rigueur croissante du climat n aurait pas prédisposé l Arabie à jouer un rôle notable durant l Antiquité, si l Arabie n avait pas occupé une position centrale entre l Inde, l Afrique et le monde méditerranéen. Point de passage obligé, elle en tira sa fortune. Sans doute, la circulation par voie de terre y est-elle plutôt malaisée. Mais il est encore plus difficile de contourner la péninsule en bateau : en mer Rouge, le régime des vents est très défavorable, les abris sont rares tout comme les sources d eau, sans parler du danger des récifs coralliens ; dans le golfe Arabo-persique, les conditions sont moins mauvaises sans être commodes, avec notamment des vents violents et irréguliers. Selon les époques et les conditions de sécurité, ces trois voies de communication route terrestre, mer Rouge et Golfe ont été utilisées : ce fut plutôt la première aux époques RE M M M 61. 1991/3  46 / Ch. Robin assyrienne. perse et hellénistique (Vllle-1' siècles avant l'ère chrétienne). la mer Rouge durant le Haut-Empire (J-II• siècles de l'ère chrétienne) puis le haut Moyen Âge (pour le commerce des épices), le Golfe pendant les derniers siècles del' Antiquité. Ces voies maritimes et terrestres qui longent ou empruntent l'Arabie ont permis l'éclosion d'une classe marchande. notamment dans les grandes oasis du Golfe ou de l'Arabie occidentale, milieu social qui fut le berceau de l'islam. Les négociants n'auraient pas pu déployer leur activité sans les nomades qui élèvent les chameaux, guident les caravanes et s'engagent comme mercenaires dans les armées des cités marchandes. Ces nomades semblent prendre possession du désert au l 0  millénaire avant l'ère chrétienne. Mais ils deviennent progressivement une menace pour les échanges, se renforçant continuellement avec la multiplication des chameaux, l'apparition du cheval et l'amélioration des techniques de monte. De plus en plus souvent, ils rançonnent les sédentaires et les marchands et pillent tout ce qui se trouve à leur portée. Un auteur romain, Pline Histoire naturelle VI, 162). qui mourut en observant l'éruption du Vésuve de 79 de l'ère chrétienne., ne remarque-t-il pas avec surprise: Chose singulière, parmi les peuples innombrables de cette contrée, une moitié vit dans le commerce et l'autre dans le brigandage . Le montagnard enfin a joué occasionnellement un rôle notable. Agriculteur et guerrier, organisé en tribus puissantes et solidaires. son domaine est l'arc de montagnes qui occupe le Yémen et déborde quelque peu vers l'Arabie saoudite et l'Oman. Grâce à l'altitude, le climat y est tempéré et les précipitations suffisantes pour une agriculture sèche permanente. Le montagnard, très attaché à sa terre, vit en autarcie et tient farouchement à son indépendance ; il n'ambitionne guère de dominer les autres. Même à l'apogée de I:Iimyar et aux débuts de l'Islam, époques où le Yémen avait imposé sa loi sur la moitié del' Arabie, puis participait à la conquête d'un vaste empire, peu nombreux en proportion sont ceux qui ont quitté leurs montagnes : les «Yéménites» qu'on trouve dans les fondations islamiques sont en majorité srcinaires des tribus nomades du sud de la péninsule : quant aux conquêtes l)imyarites, elles furent d'abord l'œuvre des troupes auxiliaires bédouines. Le terme le plus naturel pour désigner ces populations de l'Arabie est celui d' «Arabe», avec les restrictions qui ont déjà été indiquées ( ci-dessus, pp. 8-10). Il apparaît pour la première fois en 853 avant l'ère chrétienne, dans un texte assyrien (voir ci-dessus, p. 37). Dès lors, les annales assyriennes et Je texte biblique mentionnent de plus en plus souvent les Arabes. Il semblerait que cette appellation s'applique alors à des populations du désert syro-mésopotamien et de l'Arabie du nord-ouest. Auparavant, si on en croit le texte biblique, ces populations ou une partie d'entre elles se seraient reconnues dans un ancêtre éponyme appelé Ismaël fYishma (' )el, en arabe Ismâcïl) et s'appelaient sans doute les banü Isma'il. La première occurrence du mot «arabe» en Arabie même se trouve dans un texte yéménite un peu postérieur au grand conquérant sabéen Karib'ïl Watar (qui régna peut-être vers le début du VIIe siècle), MAFRA Y-ash-Shaqab 3. Ce mot y a clairement la signification de «pasteur nomade» ou «bédouin» (voir ci-dessous, pp. 71 et suiv.). Assyriens, Israélites, Grecs et Romains ont souvent appelé «Arabes» les populations du désert syro-mésopotamien, d'Arabie du nord et même de toute l'Arabie. Les habitants de ces contrées préféraient mentionner leur tribu ou à leur cité pour signifier leur srcine. C'est pourquoi, à plusieurs reprises, un nom de tribu arabe a pu désigner l'ensemble de  Cités, royaumes et empires de / Arabie m·ant / Islam/ 47 l'ethnie. C'est notamment le cas en syriaque, langue dérivée de l'araméen et employée par les chrétiens de Syrie et d'Iraq : les Arabes y sont appelés Tayoye( ), d'après la tribu arabe Tayyi'. Curieusement, cette appellation a été utilisée ensuite pour désigner les Iraniens par opposition aux Turcs, avant de se spécialiser comme nom de certains groupes iraniens, sous la forme légèrement déformées de Tadjïk. Les vestiges les plus impressionnants qui nous sont parvenus sont ceux des cités marchandes, dans les grandes oasis d'Arabie du nord-ouest (Tayma', Madâ'in Sali}:l, al-cUla), en bordure du golfe Arabo-persique (Thaj) et au pied des montagnes du Yémen, du côté du désert (Ma'rib, Barâqish, as-Sawdâ', al-Bayqa', Macïn, Najran, Qaryat al-Fâw, Hajar Ku}Jlan ou Shabwa, pour ne mentionner que les principales) ( cartes l, 2 et 4) : cecî tient au fait que ces sites ont été désertés depuis l' Antiquité, si bien que les constructions anciennes n'ont pas été détruites par des réoccupations successives. Au Yémen, certaines de ces cités ont été le noyau d'États puissants et durables: deux d'entre eux, par l'ampleur et la diversité des territoires contrôlés, peuvent même être qualifiés d' «empire». Les nomades n'ont jamais su créer d'institutions stables : les royaumes dont nous avons mention n'ont eu qu'une brève existence, dans un monde qui paraît agité de turbulences continuelles. Mais les découvertes faites en Arabie depuis deux ou trois décennies renouvellent notablement l'image qu'on avait de ces États ; il n'est donc pas inutile de rappeler brièvement ce que nous savons aujourd'hui. 2. Les rois de l Arabie déserte Les grandes oasis de 1' Arabie occidentale ou orientale ont été parfois le centre de royaumes, réunissant une maigre population de sédentaires et une nébuleuse de tribus nomades aux contours fluctuants. II arrive que nous connaissions ces royaumes par des documents indigènes. C'est le cas de la tribu de Qédar (Qidar), installée dans l'oasis de Dümat al-Jandal en Arabie du nord-ouest (carte n°2), dont nous avons quelques inscriptions d'époque perse en araméen (voir ci-dessous, p. 102). Le royaume de gr lire hag-Gar ou Hagar?) n'a laissé que quelque monnaies, des tétradrachmes imités de ceux d'Alexandre, au nom d'un roi l:farithat (Callot). Ce royaume se trouvait, semble-Hl, en Arabie orientale. On hésite encore à l'identifier avec Gerrha, la grande cité caravanière du Golfe, malgré la ressemblance des noms si on lit hag-Gar (hagétant l'article han- avec assimilation). Dans le nord du l:fijaz, al-cUla (l'antique Dédan) a joué un rôle important. Centre des royaumes de Dédan puis de Li}:lyan, aux époques perse et hellénistique, elle a donné des inscriptions qui mentionnent plusieurs souverains (voir pp. 117-118). Qaryat al-Faw en Arabie du sud-ouest, à 280 km au nord-est de Najrân, commence seulement à être connue, grâce aux fouilles de l'Université du roi Sa üd (ar-Riyâçl). Aux IW Ilc siècles avant l'ère chrétienne, ce fut tout d'abord un comptoir de la ligue marchande des Minéens. Ensuite, cette oasis devint la capitale d'un ensemble tribal qui réunissait Qa}:ltân et Madhhij : on y a trouvé la stèle funéraire d'un roi nommé Mu âwiya b. Rabï<a, qui daterait du I' siècle de l'ère chrétienne (voir ci-dessous, p. 121 ). Enfin, au début du Ille siècle, Qaryat est dominée par Kinda qui en fait probablement sa capitale : les Sabéens y attaquent à deux reprises «Rabî a, du lignage de Thawr, roi de  48 / Ch. Robin Kinda et de Qal,lân». C est en s appuyant sur cette base arrière que Kinda s impose progressivement au f:lac;lramawt, au point de devenir l élément principal de la population au début du vue iècle (voir ci-dessous, pp. 80-82). Le nom de Qal,lân est curieusement conservé par le folklore arabe comme celui de l ancêtre des Arabes du sud. On peut supposer que les Kindites, qui rivalisaient avec Madh}J.ij t al-Asd (ou al-Azd) pour le premier rang chez les nomades d Arabie méridionale, ont revendiqué l héritage de QalJ.tan et se sont servis de son nom pour affirmer la légitimité de leur domination. Un texte d Umm al-Jimâl, dans le nord de la Jordanie (carte n°2), a conservé le souvenir d un roi de Tanükh, importante tribu du Bas-Iraq et du désert de Syrie (fig. 13): 1 3 dnh nfiw Fhrw br Sly rbw Gdymt mlk Tnwb Ceci est la stèle de Fahru fils de Sillà, précepteur de Gadhïma, roi de Tanükh II daterait du Ille ou du IVe siècle. Le nom de cette tribu se trouve également dans une inscription sudarabique des environs de 300. Fig. 13 Texte nabatéen d Umm al-Jima/, dans le nord de la Jordanie qui fait mention de Gadhïma, roi de Tanükh. Non loin d Umm al-Jimâl, an-Namâra, dans le sud de la Syrie, se trouvait le tombeau d Imru al-Qays, «roi de tous les Arabes», qui mourut en 328 de l ère chrétienne : il a déjà été question (pp. 42-43 et fig. 1, p. 8) de ce texte célèbre. Mentionnons enfin les vastes confédérations tribales qui se constituent autour d un dieu et de son sanctuaire. Celle de Thamüd (srkt Tmwdw en araméen) édifie un temple à Rawwâfa, dans le nord-ouest de l Arabie (carte n°2), sous les règnes de Marc Aurèle et
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