Hommage à la craie

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  Nous avons tous connu, ou connaissons encore, ces salles de cours des écoles primaires dont le mur de face est couvert en grande partie par un tableau. Pourtant, la présence d'un tel tableau n'a pas toujours été évidente. Ainsi, en Belgique,
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  Périodique trimestriel de l’A.S.B.L. « Amicale des Anciens de l’École Normale » de Mons. PREMIÈRE PARUTION 15 janvier 1938 Année 2019 1 e  trimestre ÉDITEUR RESPONSABLE Jacques Dubois38, rue de Strasbourg. 7000 MonsBureau de dépôt7000 Mons 1        P       5       0       1       3       1       6 PB- PP BELGIE(N) - BELGIQUE SAMEDI 16 MARS, JOURNÉE DES ANCIENS - INVITATION CORDIALE À TOUS.MISE À L’HONNEUR DES PROMOTIONS EN 9 ET EN 4.  2828 HOMMAGEÀ LA CRAIE Nous avons tous connu, ou connais-sons encore, ces salles de cours des écoles primaires dont le mur de face est couvert en grande partie par un tableau. Pourtant, la présence d'un tel tableau n'a pas tou- jours été évidente. Ainsi, en Belgique, ce n'est que sous le régime hollandais qu'il y fit partout son apparition. En effet, l'arrêté royal du 9 septembre 1826 ordonnait l’ins-tallation d'un tableau noir dans chaque salle de classe des écoles primaires afin que l’instituteur ou les élèves puissent y écrire ou y tracer des figures (Lebon, 1870, p. 382). Dans l'arrêté il n'est pas seule-ment question d'écriture, mais également de tracé de figures, c'est-à-dire de dessin. Cependant, à cette époque les cours de dessin étaient quasi inexistants dans l'en-seignement primaire. Par contre, on voit apparaître le dessin comme instrument au service de l'instruction. Cette approche s'inscrivait dans l’esprit du Orbis sensua-lium pictus –– qu'on pourrait traduire par L'image du monde visible –– de Come-nius. Les images étaient rares et chères. Par conséquent, les instituteurs formés –– tous ne l'étaient pas encore –– se servaient du dessin pour expliquer les notions d'his-toire naturelle, des poids et mesures ou de géométrie. C'était donc bien le dessin didactique qui était visé. Remarquons à ce sujet que très tôt déjà, des craies de cou-leurs étaient disponibles, permettant de rendre les illustrations ou démonstrations graphiques plus vivantes. Par rapport à l’état de quasi abandon dans lequel l’enseignement primaire avait été laissé lors de la domination française, il s’agissait d’un net progrès. Selon Lebon (1870, p. 390), « on ne peut méconnaître que c’est à partir de 1815 seulement que se propagèrent, en Belgique, les premières écoles primaires dignes de ce nom ».  Jan Amos Comenius: Orbis sensualium pictus, 1658, p. 208 (extrait), la géométrie  29 D’autres progrès allaient suivre. Ainsi, au cours du XIXe siècle on vit apparaître des tableaux comportant des lignes pour l’écriture ainsi que des quadrillés (Guyot F., 1881, p. 30) pour le calcul et la stigmogra-phie. La stigmographie est une méthode ancienne d’apprentissage du dessin – en-tretemps devenu une branche obligatoire – inspirée par Froebel (Goldammer, 1877  ; Jacobs, 1880). La circulaire ministérielle du 3 mars 1880 annonça l’envoi dans les écoles de tableaux noirs quadrillés adap-tés à cette méthode. Dès le deuxième de-gré, le quadrillage devait être remplacé par une grille de points (Vanderhaeghen, 1885, pp. 7, 82 & 93) qui ne manque d’ail-leurs pas de rappeler les points d’attrac-tion des logiciels de dessin venus sur le marché un peu plus d’un siècle après et qui pouvait également servir à l’écriture.Au cours des XIXe et XXe siècles, d'autres médias didactiques allaient s'y  joindre, tels la lanterne magique, précur-seur du projecteur de diapositives, puis le film didactique, l'épiscope qui présentait le désavantage d'exiger le noir total dans la salle, le rétroprojecteur qui, au contraire, permet de travailler à la lumière du jour, de même d'ailleurs que le vidéoprojecteur, sans parler des écrans individuels, qu'il s'agisse de smartphones, de tablettes ou d'ordinateurs portables ou fixes, voire des lunettes de réalité virtuelle. Néanmoins, la craie et le tableau noir ont longtemps caractérisé l'image qu'on se faisait d'une salle de classe. Au cours du XXe siècle, les tableaux noirs furent peu à peu rem-placés par des tableaux verts. Ceux-ci pro-tégeaient mieux les yeux des élèves. De plus, ils présentaient souvent une surface moins lisse et permettaient de ce fait un tracé plus précis. En outre, ils sont souvent magnétiques de sorte qu'on peut y accro-cher des papiers à l'aide d'aimants ; plus besoin donc de ruban adhésif parfois diffi-cile à enlever par la suite. A l'approche du dernier millénaire, le tableau blanc com-mençait à faire son apparition. Actuelle-ment, on en trouve dans presque toutes les écoles. Il exige l'utilisation de marqueurs spéciaux, sans quoi on doit faire usage de produits chimiques rarement disponibles dans une l'école primaire pour effacer ce qu'on y a tracé. D'aucuns se servent aussi de ce tableau pour y projeter des images, mais étant donné qu'il est lisse cela peut donner, selon l'angle de vision, un reflet très gênant. D'ailleurs, sa surface glissante rend aussi l'écriture et le dessin plus ma-laisés. Une des dernières nouveautés qui ont commencé à se répandre dans les écoles, est le tableau blanc numérique ou interactif. Il permet d'écrire ou de dessiner sur l'image affichée tout en remplissant les fonctions d'un écran d'ordinateur, comme la possibilité d'enregistrer, de copier, de déplacer des figures etc. Sur la durée, il risque cependant de fatiguer les yeux. Voilà pour la technologie disponible. Je-tons donc un coup d'œil sur l'utilisation   pédagogique par l'enseignant. Nous sa- Ecriture à l'aide de points stigmogra-phiques (selon Vanderhaeghen, 1885)  30 vons tous combien il est difficile pour cer-tains enfants d'apprendre à lire et à écrire. Selon les informations officielles du site belgium.be, « on estime qu'un adulte sur dix éprouve des difficultés à lire et à écrire. » C'est ce qu'on appelle parfois l'analpha-bétisme fonctionnel ou illettrisme. Les personnes qui présentent cette déficience doivent fournir tellement d’efforts pour le décodage du texte qu’elles ne par-viennent pas à en capter simultanément le sens. Toute personne qui est préparée à enseigner à l’école primaire sait com-bien est fondamental l’apprentissage des lettres. Avant de représenter un son, une lettre est d’abord une forme à mémoriser, à savoir tracer et à savoir distinguer dans un écrit. Il ne suffit donc pas d’écrire ; l’écri-ture des adultes est souvent illisible pour un enfant ! Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que jusqu’au début du XXe siècle un cours de calligraphie figurait au pro-gramme des écoles normales. Cet exer-cice était d’autant plus utile qu’à l’époque encore les tableaux noirs étaient parfois un peu glissants rendant plus difficile un tracé précis. Heureusement, les tableaux verts présentent une surface légèrement rugueuse ce qui, combiné au caractère friable de la craie, permet de diriger le trait avec plus d’assurance. En outre, il est pos-sible de moduler l’épaisseur du trait de fa-çon à distinguer les lettres des liaisons et de faciliter ainsi le découpage correct du flux graphique en signes distincts et perti-nents par les élèves. Cette différenciation est pratiquement exclue lors de l’utilisa-tion d’un tableau blanc. Non seulement, il est souvent tellement glissant qu’il est très difficile d’éviter un léger dérapage du trait, mais il est de plus très laborieux de varier de manière volontaire l’épaisseur du trait. Le tableau blanc convient mieux à l’enseignement supérieur où la qualité du graphisme ne joue quasiment aucun rôle. L’écriture sur un tableau blanc interactif peut présenter à peu près les mêmes dif-ficultés, à moins qu’on y écrive à l’aide du clavier. Ecriture au tableau blanc dans l'enseigne-ment supérieur: "Calculation of refractive index increment" (Photo: Athanasios Bogris, 2015, CC-BY-SA-4.0). Outre pour l'écriture, la craie présente également de grands avantages pour le dessin. Contrairement au feutre, on peut par exemple la tailler en biseau. La taille en biseau de deux côtés lui donne la même forme qu'un tournevis plat et permet de tracer, à l'aide d'une latte, des lignes très fines pouvant servir de char-pente de construction pour des dessins géométriques et des tables ou, sur un tableau neutre, de guide pour l'écriture permettant au débutant d'éviter le piège bien connu d'une écriture en courbe des-cendante. La taille en biseau d'un côté seulement sert plutôt au compas et aux constructions précises à effectuer à l'aide de cet instrument. Craies taillées en biseaupour le dessin géométrique Contrairement aux marqueurs, la craie se prête aussi à de nombreuses utilisations dans le cas du dessin à main levée. Selon la manière dont on la tient, on peut pro-  31 Certes, l’enseignant.e peut aussi pré-senter des images toutes faites, notam-ment par projection. Cependant, le fait de les voir se créer en favorise la compréhen-sion et la motivation des élèves. En plus, la progressivité de la mise en place du schéma ou dessin, au fur et à mesure des explications, contribue à l’intériorisation des formes et structures et partant, à une meilleure compréhension de la matière. En effet, comme l’a fait remarquer Piaget, la motricité constitue une étape fonda-mentale dans tout apprentissage: « Les racines de la pensée sont à chercher dans l’action et les schèmes opératoires dé-rivent directement des schèmes d’action » (Piaget, 1967, p. 177). Cela est évidem-ment vrai pour l’action que l’élève exé-cute, mais également déjà pour celle qu’il observe. L’image électroniquement pro-duite, même animée, relève, au contraire, plutôt de la virtualité. Elle pourrait ne pas suffisamment répondre aux besoins de tous les élèves. (Maaswinkel, 2005) Faut-il dès lors renoncer aux médias modernes et se limiter au tableau vert et à la craie ou, au contraire, considérer ceux-ci comme ringards et leur préférer l’ordi-nateur, le tableau blanc, le tableau numé-rique interactif ? En 1913 déjà, Wolfgang Riepl pensait avoir constaté que les nou-veaux média avaient tendance à s’ajouter aux anciens plutôt que de les remplacer. (Riepl, 1913) D’aucuns ont cru pouvoir ti-rer de cette observation la loi de la com-plémentarité des médias, que d’autres ont toutefois vivement contestée (Faulstich, 2002, p. 159) Il n’en reste pas moins que l’apparition d’un nouveau média ne fait pas automatiquement disparaître l’an-cien. Ainsi par exemple, le livre électro-nique, qu’il soit disponible sur ordinateur, tablette, téléphone portable ou liseuse, n’a pas encore remplacé le livre papier. Ce jour viendra peutêtre. De même, les médias électroniques finiront peut-être un jour par l’emporter sur les moyens tra-ditionnels à l’école. Mais en attendant, ti-rons profit des avantages spécifiques du tableau classique qui, faut-il le rappeler, a fait ses preuves pendant deux siècles ! Tracé d’une ligne droiteà main libre au tableau Bibliographie. Faulstich, W. (2002 ). Einführung in die Medienwissenschaft. Probleme, Methoden, Domänen. München: Fink. Goldammer, H. (1877). Méthode Froebel. Le jardin d'enfants, dons et occupations à l'usage des mères de famille, des salles d'asile et des écoles primaires, avec une introduction de Madame la Baronne de Marenholz-Bülow. Berlin, Paris, Pa-dua, Amsterdam, Bruxelles. Guyot, F. (1881). Bulletin du Ministère de l'Instruction publique, 1880. Bruxelles: Guyot. Jacobs, J.-F. (1880). Manuel pratique des jardins d'enfants de Frédéric Froebel, à l'usage des institutrices et des mères de famille, avec une introduction de Madame la Baronne de Marenholtz. Bruxelles, Leipzig, Ostende: Claassen. Lebon, L. (1870). L'instruction du peuple. Histoire de l'enseignement populaire. Bruxelles-LeipzigGand : C. Muquardt. Maaswinkel, A. P. (2005). Entre le concret et l'abstrait - Quelques réflexions sur la communication graphique à l'école. Revue Technique Luxembourgeoise , 97 (3), pp. 159-168. Piaget, J. (1967). Biologie de la connaissance. Essai sur les relations entre les régulations organiques et les processus cognitifs. Neuchâtel: Delachaux et Niestlé. Riepl, W. (1913). Das Nachrichtenwesen des Altertums mit besonderer Rücksicht auf die Römer. Leipzig: Teubner. Vanderhaeghen, E. (1885). Cours élémentaire de dessin à main libre avec application aux principes de l'ornementa-tion plane et imitation d'après nature. 2e partie. manuel du professeur. Namur. duire des lignes fines ou épaisses, voire les moduler. Pour tracer de fines lignes droites à main levée, il suffit de mettre la craie à plat contre le tableau etc. etc.
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