A propos de Gousperoù ar raned

Please download to get full document.

View again

All materials on our website are shared by users. If you have any questions about copyright issues, please report us to resolve them. We are always happy to assist you.
Share
Transcript
   1 A propos de Gousperoù ar raned    La thèse récente de M. Jean-Jacques Boidron, que son auteur désigne comme une   Enquête sur un chant traditionnel breton 1 , a procuré au public des chercheurs et à celui des amateurs le corpus des différentes versions du chant célèbre  Gousperoù ar raned  , « Les vêpres des grenouilles », parfois présenté, sous le titre  Ar rannoù , « Les séries », « comme un dialogue pédagogique dont l’srcine serait à rechercher dans l’enseignement druidique, rien de moins ! » 2 . M. Boisdron a donné autour des 40 versions qu’il a recueillies des commentaires abondants, parfois prolixes : il est vrai, comme il l’a souligné, que « la matière est foisonnante » 3 . Il s’est également appliqué à rappeler les différentes explications proposées  jusqu'à aujourd’hui pour ce texte (leçon druidique, fresque historique, simple exercice mnémotechnique), avant de proposer à son tour une nouvelle interprétation, de type calendaire cette fois, hypothèse certainement novatrice et séduisante, mais malheureusement aussi peu susceptible de permettre une conclusion définitive, comme son auteur avec finesse et prudence le reconnaît 4 . L’interprétation globale proposée par M. Boidron n’est d’ailleurs pas exclusive, dans son esprit, d’hypothèses spécifiques pour chacun des différents motifs qui ornementent le chant. Ainsi en est-il de celui des « fils armés » ( mab armet  ), lesquels reviennent de ann novet / an nanvet / a nanvent / ann naonet   ; cette dernière forme a permis de proposer de reconnaître ici, avec l’article an , le nom breton de Nantes (  An Naoned  ), même si de fait (n)ovet / (n)anvet  / (n)anvent demeurent intraduisibles. « Le plus souvent », souligne M. Boidron à propos du motif en question, « il apparaît à la neuvième série pour les versions du Trégor et à la dixième pour celles de Cornouaille ». De surcroît, il s’agit « d’un des motifs les plus stables » et de « l’un des rares présentant une réelle connotation historique, restant toutefois chronologiquement imprécise » 5 . 1  Edition bilingue français-breton, Dastum, s. l., 1993, 543 p. 2  J.-J. Boidron,  Enquête... , p. 20. 3  J.-J. Boidron,  Enquête... , p. 518. 4  J.-J. Boidron,  Enquête... , p. 526. 5  J.-J. Boidron,  Enquête... , p. 428.   2 Compte tenu de cette stabilité, nous retiendrons à titre d’exemple parmi les versions trégoroises, celle recueillie à Plouaret, publiée et traduite il y a plus de cent ans par F. Luzel. Nous la donnons ici d’après l’édition de M. Boidron :  Nao mab armet O tistreï euz ann Naonet,  Ho c’hlezeier torret,  Ho rochedo goadet ; Terrupla mab a c’hore penn  A spont euz ho gwelet.  « Neuf fils armés revenant de Nantes, Leurs épées rompues, Leurs chemises sanglantes ; Le plus terrible fils, qui porte haut la tête, S’effraye à les voir »  6 . « Il est évident qu’il s’agit d’un retour de combat, mais précisément duquel ? » s’interroge M. Boisdron 7 . La problématique pourrait être également présentée de la façon suivante : quel lignage breton a-t-il laissé le souvenir remarquable de neuf frères combattant ensemble ? Or, à Plourivo, paroisse du Goëllo mais immédiatement limitrophe de celle trégoroise de Quemper-Guézennec où Gousperoù ar raned   était également connu, au moins à Pontrieux 8 , une tradition ancienne, attestée dès 1498 par un témoin cinquantenaire et digne de foi, rapporte qu’au lieu noble de Keruhel , aujourd’hui le lieu-dit Kerhuel en la commune de Plourivo, il y avait autrefois neuf frères chevaliers qui partaient tous ensemble de ladite maison, à cheval et armés 9 . Comme l’avait déjà souligné la regrettée Mme N. Chouteau : « Ces personnages durent se faire remarquer par leurs exploits pour que ce fait soit ainsi consigné dans les archives » 10 . 6  J.-J. Boidron,  Enquête... , p. 84-85. 7  J.-J. Boidron,  Enquête... , p. 428. 8  J.-J. Boidron,  Enquête... , p. 80-84. 9  Archives départementales des Côtes d’Armor, 1 E 2185, enquête des 1 er  et 2 juin 1498. — Le témoin en question est un certain Pierre Raison, sieur Du Pont en Yvias. 10  « Plourivo », dans  Mémoires de la Société d’émulation des Côtes-du-Nord  , t. 113 (1985), p. 26.   3 A quelle époque les exploits en question ont-ils pu intervenir ? Assez anciens pour déjà avoir été recouverts par la patine légendaire, assez récents pour conserver une forme historique, leur dimension guerrière patente s’accorde bien avec l’époque de la guerre civile entre les partisans de Blois et ceux de Montfort, durable épisode troublé de l’histoire de Bretagne, entre 1341 et 1364. La dynastie des seigneurs de Keruhel, connus depuis un certain  Nicholaus de Villa alta, de parrochia de Ploerivou , cité en 1306 11 , s’étant fondue, par le mariage vers 1335 de Tiphaine, fille et héritière de Geoffroy de Keruhel, avec Menguy Ruffaut, dans une des plus anciennes familles de Plourivo, connue depuis le XI e  siècle, il faut peut-être envisager, tout en nous tenant fermement sur le terrain de l’hypothèse, que le motif des neufs fils armés, revenus blessés et leurs épées brisées d’une bataille que l’on devine perdue, tel qu’il nous a été conservé par le texte obscur des « vêpres des grenouilles », ait été emprunté à l’histoire des neuf frères de Keruhel, qui seraient ceux de Tiphaine et qu’un combat, durant le conflit entre Blois et Montfort, aurait alors anéantis. Les éléments généalogiques dont nous disposons sur cette famille ne nous permettent malheureusement pas de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse. André-Yves Bourgès (Centre International de recherche et de documentation sur le monachisme celtique) 11  A. de Barthélemy et J. Geslin de Bourgogne,  Anciens évêchés de Bretagne , Saint-Brieuc, 1855-1879, t. 4, « cartulaire de Beauport », p. 218-219, charte n° 393. —  Nicholaus de Villa alta  est fallacieusement depuis le XVII e  siècle dans les généalogies de la famille de Keruhel comme le fils de « Conan d’Avaugour », i.e. Conan, décédé entre 1202 et 1214, le frère du comte Alain [de Penthièvre].
Related Search
Similar documents
View more
We Need Your Support
Thank you for visiting our website and your interest in our free products and services. We are nonprofit website to share and download documents. To the running of this website, we need your help to support us.

Thanks to everyone for your continued support.

No, Thanks
SAVE OUR EARTH

We need your sign to support Project to invent "SMART AND CONTROLLABLE REFLECTIVE BALLOONS" to cover the Sun and Save Our Earth.

More details...

Sign Now!

We are very appreciated for your Prompt Action!

x